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La Terre Verte

  • 8 mai 2013
  • 3 min de lecture

 Au chapitre I du Liber de Coloribusilluminatorum siue pictorum, publié et traduit en anglais par Daniel Varney Thompson Jr dans Speculum en 1926, il y a la première recette de terre verte qui est très intéressante.  Dans la cornue, se fait la préparation du pigment et sa détrempe à la glaire d’œuf. On entrevoit aussi  un possible mélange avec soit de l’orpiment soit avec du blanc. Cette recette propose donc la fabrication de trois couleurs : la Terre Verte pure, le vert jaunâtre et le vert blanchâtre. La Terre Verte est une terre comme son nom l’indique. Ce minerai se nomme aussi glauconite ou celadonite qui contiennent du fer. La terre de Vérone est célèbre à la Renaissance.

Texte latin de la recette : « Uiride terestre molendum est cum aqua sicutceteri colores qui molendi sunt, et postea ponendum est in quolibetcornu ; et postquam aqua eius siccata fuerit, ponenda est in eo glareaoui. In eo si ponas auripigmentum, erit uiride corceum. Item si album ponas ineo, erit album uiride ».

Traduction française : « La Terre Verte se broie avec l’eau comme on le fait avec les autres couleurs qui sont à broyer ; et ensuite, mets-la dans la cornue que tu voudras –in quolibet cornu-.  Et quand l’eau est s’est évaporée et la terre verte sèche –et postquam aqua eiussiccata fuerit– , doit être mis [dans ce pigment sec contenu dans la cornue] de la glaire d’œuf.  Si l’on met de l’orpiment [dans la Terre Verte ainsi détrempée] sera le vert jaunâtre –viride croceum- ; de même si tu y mets du blanc, sera le vert blanchâtre [pâle, dégradé] –album viride-. »

Le broyage de la Terre Verte se fait à l’eau mais l’auteur ne dit pas si l’outil, notamment la pierre à broyer, qui doit être utilisé est en pierre marmore, petra ou lapide.  Parfois, c’est indiqué. Peut-être qu’il faut utiliser un mortier pour bien réduire en poudre la Terre Verte car elle est à l’état naturel dure. Un renseignement est aussi donné en ce qui concerne le broyage des couleurs en général. Elles se broient toutes à l’eau.

Puis, cette première étape achevée, on transvase le pigment ainsi préparé, mouillé et bien réduit en poudre, dans un récipient. Mais rien ne nous dit avec quel instrument on prend sur la pierre à broyer le pigment pour le mettre dans la corne. Il s’agira sans doute d’un couteau.  La consistance que doit avoir la pâte n’est pas indiquée. Elle devait être plus ou moins liquide car l’eau qu’elle contient doit s’évaporer pour que l’on ait un pigment sec. Ces deux tours de main correspondent clairement à la préparation du pigment. Ce n’est pas encore la couleur à proprement parler.

Vient ensuite, la transformation du pigment en couleur prête à être appliquée sur le support et travaillée par l’artiste. Cette phase s’appelle la détrempe. Elle est parfois indiquée par le mot distemperatio dans les réceptaires. Ici, c’est de la glaire d’œuf qui est utilisée. Ce liant est l’albumen du blanc d’œuf que l’on prépare de deux manières. Soit on plonge dans le liquide une éponge et on en expresse le liquide à plusieurs reprises. Soit on le bat. Dans les deux cas, doit rester une solution limpide comme de l’eau. La préparation est prête à être utilisée. On peut y mettre un clou de girofle pour la conserver. La couleur Terre Verte est donc ainsi prête à être utilisée par le peintre.

Cette première couleur verte sert à la fabrication de deux autres teintes.  D’un point de vue pratique, on peut se demander si la cornue qui sert à la détrempe à l’œuf de la terre verte, sert aussi à faire les mélanges de couleurs. Dans l’affirmative, les deux mélanges ne pourront être faits dans ce récipient. Et il ne restera que la couleur obtenue par mélange dans la cornue. Et il faut choisir l’une ou l’autre couleur à mélanger avec soit l’orpiment soit le blanc. Si l’on veut avoir les trois couleurs, il faut prendre la Terre Verte de la cornue et en verser un peu dans deux petits récipients, comme par exemple des coquillages marins, avant de faire les mixtures. Et conserver dans la cornue, une partie de la Terre Verte initiale.  Les coquilles seront alors le lieu où se font le vert jaunâtre à l’orpiment et le vert blanchâtre au blanc. On aura donc une cornue de Terre Verte, un coquillage de Terre Verte-Orpiment et un coquillage de Terre Verte-Blanc.

Extrait de mon livre Le Vaisselier du peintre.Les Contenants des pigments et des couleurs médiévales. À paraître en 2015——————Dame Chlodyne 

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